Peut-on fonder des politiques locales sur le concept de dignité ?

Peut-il exister des des politiques publiques locales fondées sur le concept de dignité ?

La méthode est originale : il s’agit d’engager un programme de travail du laboratoire d’idées à partir d’une note d’interpellation adressée à des chercheurs et à des professionnels rédigée par un élu Patrice Leclerc, et reposant notamment sur son expérience de maire de Gennevilliers.

L’intérêt d’une “cartographie des pouvoirs”

Au départ, il s’agissait de se demander quels sont les vrais pouvoirs du politique vis-à-vis des politiques publiques locales ? Quels partages de pouvoirs sont possibles et nécessaires ? Comment agir sur les mutations institutionnelles en cours et sur tous les processus permettant de « faire de la ville autrement » ?

Puis, le point de vue a évolué à la suite de diverses séances de travail menées avec des collectifs citoyens locaux se situant à diverses échelles. On s’est centré sur l’exemple de la métropole parisienne. Et on s’est placé dans un premier temps non pas du point de vue de l’élu, mais de celui du citadin métropolitain. Quitte à confronter dans un deuxième temps cette appréhension des pouvoirs concernant la métropole parisienne et le Grand Paris à celle qu’en ont les élus.

On s’est inspiré pour cela d’une méthodologie utilisée en sociologie des organisations, à savoir « l’analyse des parties prenantes » aussi appelée « cartographie des pouvoirs » : on a, en ateliers, cherché à cerner quelles sont les possibilités pour le citoyen d’intervenir plus ou moins directement sur les grands enjeux qu’il perçoit comme étant ceux de la métropole.

Cela devrait conduire à tenter d’instituer des scènes un tant soit peu unifiées où s’expriment des intérêts identifiés, y compris dans leurs contradictions, pour sortir de l’empire du morcèlement et du localisme. Des processus délibératifs pourraient-ils permettre l’expression de la pluralité des intérêts et si possible, à partir de là, produire des visions communes, des consensus, sans verser dans une conception naïve de la démocratie où le consensus serait donné a priori. On est face à des problématiques d’inégalités, de carences spatiales et environnementales… extrêmement prégnantes sur ce territoire. Donc il y a lieu d’agir, et on peut difficilement agir à cette échelle sans un minimum de consensus entre les différentes forces sociales en présence.

Donc, derrière ce travail analytique et expérimental traversé de points de vue multiformes, il s’agit de voir s’il est possible de transcender la gestion de la chose publique territoriale au travers de l’instauration de nouveaux processus démocratiques sortant des cadres usuels.

La Ville en commun, un outil indispensable

Par Michel Duffour, président

Au moment où la scène politique internationale et nationale n’a rien de réjouissant, il nous faut porter attention à tout ce qui est porteur d’espoir. Or, il se trouve que bon nombre de dynamiques significatives concernent les villes et le fait urbain.

À Quito notamment, lors de la conférence mondiale Habitat III, nous avons pu constater la vitalité de certains réseaux de villes progressistes, certaines d’entre elles développant sans complexes des politiques économiques et sociales nettement distinctes de celles de l’État nation auxquelles elles se rattachent.

De même, les associations d’habitants ne se limitent pas à des actes de résistance; elles développent en s’appuyant sur des universités et des professionnels engagés des contre-projets crédibles et incontournables.

L’innovation urbaine est partout; elle peut être l’occasion pour des grandes multinationales de trouver de nouveaux marchés rentables; mais elle peut être aussi l’occasion d’avancées démocratiques et de visions différentes de l’organisation et de la gestion des villes.

La Ville en Commun, créée depuis mai 2015, est un laboratoire d’idées encore modeste. Mais les activités enclenchées (voir le dossier diffusé lors de l’AG du 24 juin) sont loin d’être négligeables et surtout rencontrent de nombreux échos, tant chez les élus que parmi les chercheurs et les professionnels.

Rien n’est acquis certes; nos moyens sont faibles et nous n’avons pu réaliser tout ce que nous souhaitions. Mais il nous apparaît que cet outil répond à un besoin important. C’est pourquoi, nous venons de régulariser notre situation administrative qui était restée informelle. Et nous allons nouer des partenariats pour d’une part consolider notre fonctionnement permanent et d’autre part mener à bien des projets de recherche et d’études qui permettront de vérifier l’intérêt de notre positionnement.

Ce n’est pas une petite équipe qui peut parvenir à cela. Nous avons besoin de l’engagement effectif de toutes celles et ceux qui ont soutenu le projet depuis son démarrage. Nous avons aussi besoin d’ouvrir notre cercle à toutes les sensibilités progressistes, incluant également des associatifs et des syndicalistes.

C’est pourquoi, début 2017, nous organiserons après consultation une Assemblée générale destinée à renforcer l’Association afin d’entreprendre un programme de travail ambitieux.

Nous comptons sur vos soutiens et vos propositions imaginatives.

La recherche de méthodes originales

Notre ambition est de dépasser les barrières existantes concernant les divers statuts : élu, responsable administratif territorial, chercheur, dirigeant associatif…, et à garder le plus possible le contact avec les habitants concernés et avec des réalités concrètes.

Ceci se traduit par exemple par la participation effective d’élus aux recherches, par des tests de travaux dans des cercles citoyens au fur et à mesure de leur avancement. Tout ce qui favorise la créativité, la liberté de parole hors de toute posture institutionnelle, est systématiquement privilégié. À ce titre l’implication d’artistes ou de personnes apparemment considérées à tort comme éloignées des sujets traités est favorisée.

Cette orientation repose néanmoins sur une sensibilité constante à des méthodologies scientifiques rigoureuses.

Pourquoi La Ville en Commun ?

Le laboratoire d’idées La Ville En Commun a été créé en mai 2015, à la suite d’échanges entre des élus de villes dont l’orientation est progressiste, des responsables d’administrations territoriales, des professionnels et des chercheurs.

Ces échanges se sont tenus dans un climat marqué par l’abstention croissante aux divers scrutins — symptôme de la défiance vis-à-vis de l’action publique et de ses acteurs —, par la montée du vote d’extrême droite et par le recul de l’influence des idéaux de liberté, d’égalité et d’émancipation sociale. S’y ajoute la réforme territoriale, pensée dans un contexte d’austérité, qui a suscité bien des controverses sur la métropolisation et ses effets mais aussi des interrogations sur la démocratie locale et les modes de « gouvernance territoriale » et enfin des doutes sur la pertinence de concepts autour de l’égalité des territoires et des mutations économiques et environnementales… Face aux mutations économiques, environnementales, sociétales qui bouleversent la société française, il devient nécessaire de repenser l’action publique et le rapport aux citoyens, pour redonner du sens, de la créativité, et de la vitalité, aux politiques de progrès et de justice sociale.

Face à cette pluralité de défis entremêlés s’est imposée l’ambition de redonner du sens commun à des politiques territoriales affichant une volonté transformatrice en faveur d’un progrès social, environnemental et économique ainsi qu’à une citoyenneté engagée.

Donner à voir le fait que la gestion de la chose publique ne peut être simplement réactive ; approfondir les relations et la concomitance entre projets de société et projets de villes et de territoires ; être conscient que des apports de connaissances nouvelles et des méthodes novatrices — voire disruptives — sont nécessaires pour élaborer des stratégies progressistes de transformation ; c’est tout cela qui a inspiré la création d’un laboratoire d’idées et de recherches-actions intitulé La Ville en Commun, dont les objectifs sont les suivants :

  • Constituer un lieu de réflexion, de production d’idées et de méthodes s’appuyant sur la multiplicité des expériences innovantes, solidaires, professionnelles ou citoyennes et d’économie solidaire se développant en tous lieux et sous toutes les formes, associatives ou coopératives, mais également dans des structures plus institutionnelles, telles les collectivités locales ou leurs groupements.
  • Susciter, recenser et donner accès aux réflexions sur des sujets tels que la citoyenneté, la dignité, le fait religieux dans l’espace public, l’accès à l’habitat, l’aménagement des territoires, la définition et la gestion de services publics locaux…
  • Offrir des outils liés aux thématiques générales de la vie locale dans le but de mutualiser des expériences et les réflexions et de permettre une réappropriation citoyenne des enjeux…
  • Expérimenter de manière rigoureuse avec les territoires qui le souhaitent certains des résultats des travaux ainsi conduits afin d’en apprécier l’intérêt et la reproductibilité.

Le laboratoire d’idées est indépendant de tout parti ou toute autre association ; il est ouvert à toute personne partageant ses objectifs et intéressée par ses travaux. Il aborde dans ses approches tous les questionnements sociétaux ou politiques que ses adhérents souhaitent traiter.

AG du 24 juin 2016 : document de présentation de l’activité

Assemblée annuelle
La Ville en Commun

Vendredi 24 juin 2016

Le 24 juin 2016 s’est tenue la seconde assemblée générale de la Ville en commun. Le document proposé aux participants est disponible en téléchargement : Compte rendu d’activité de la première année. Les chantiers mis en place : dignité, financement des mutations urbaines, cartographie des pouvoirs.

Une discussion s’est développée à l’occasion d’une table ronde sur le thème L’espace public est-il encore l’espace de tous ?

Quels sont les usages de l’espace public en fonction du genre, de l’âge, de la religion, de la richesse des populations ? Les centres commerciaux deviennent-ils le nouvel espace public ? Comment la ville se construit ou se déconstruit dans ces conditions ?

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Mode de financement de la transformation urbaine

La Ville en Commun organise un séminaire consacré au financement des transformations urbaines, pour explorer, au-delà du simple état des lieux, comment les pouvoirs publics et les citoyens peuvent encore être les garants d’une ville ouverte et accessible, alors que le marché tend à devenir l’acteur dominant qui façonne l’urbain. Ce séminaire, nourri d’auditions de professionnels et de chercheurs, se déroulera de mars à juin 2016. Il donnera lieu à la rédaction d’un document d’analyses et de positionnement.

L’identité, c’est la guerre

J’ai écrit ce livre parce que l’obsession identitaire me navre et m’inquiète. Nous ne sommes plus « chez nous » ? Allons donc ! Quand l’identité se mêle au «choc des civilisations», à «l’état de guerre» et à «l’état d’exception », nos sociétés s’enlisent dans un climat de peur qui nous ramène, bien malgré nous, à l’expérience traumatique de l’été 1914.

Les enfants du Chaos

Alain Bertho, anthropologue, est spécialiste des émeutes urbaines à l’échelle mondiale. Ses recherches s’articulent depuis vingt ans autour de la crise du politique et de l’État, et ont comme principale problématique la question de la banlieue et de l’émeute. Cette expérience lui permettent de porter un regard lucide sur les attentats qui ont marqué l’année 2015.