Les 50 ans du Droit à la Ville de Henri Levebvre (rencontre internationale et suites)

À l’occasion du 50ème anniversaire de la sortie du livre d’Henri Lefebvre, il est apparu utile au laboratoire d’idées « la Ville en Commun », à la revue d’urbanisme critique « Tous Urbains », ainsi qu’à l’École d’Urbanisme de Paris de rendre compte de l’importance et de l’actualité du concept dans les champs de la philosophie, de la pensée urbaine et de la sociologie. Deux jours de colloque pour en apprécier l’impact en matière de politiques urbaines et de pratiques sociales.

Tous urbains

 

N°19-20, Septembre-novembre2017

 

Dossier

Mai 68, l’architecture et la ville

 


Nos éditorialistes

F. BONNET, A. CHAPERON, J.-P. CHARBONNEAU, S. CORDOBES, J. DONZELOT, C. GHORRA-GOBIN, V. LAVERGNE, F. MENU, 0. MONGIN, PH. PANERAI, M. RAYNAUD, V. RENARD, J.-M. ROUX

 

Le 50e anniversaire de Mai 68 sera célébré l’an prochain. Il donnera lieu à nombre de manifestations et d’ouvrages. Tous urbains anticipe ce moment et souhaite dès maintenant repérer les ruptures qui ont touché les relations entre l’architecture et la ville avec comme conséquence la remise en cause de l’urbanisme de l’après-guerre, et de son enseignement dit “classique”. En témoignent notamment l’éclatement de l’École des Beaux-Arts, la suppression en aout 1968 de la section architecture et du prix de Rome, en octobre la création des unité pédagogiques dans les écoles d’architecture rompant avec plus de deux siècles de centralisme absolu. Plus discrètement les changements de la politique du logement réorientent vers l’acquisition de maisons individuelles une part des crédits consacrés à la construction…

Pour le reste vous y retrouverez vos rubriques habituelles. Les éditos s’ouvrent par une évocation de Marseille, seconde ville de France, dont les réactions toujours singulières démentent les prédictions. Elle fait écho à l’entretien dans lequel Jean-Michel Guénod, ancien patron d’Euromed, nous parle de la naissance du projet et de ses effets sur la ville et la métropole. Mais vous croiserez aussi Rabat, Tahiti ou Paris. Un regard critique et quelques télégrammes.

Autour de la revue plusieurs rencontres ont accompagné la sortie des numéros, à la Maison de l’Architecture en mars et en mai, à la librairie Le Genre Urbain en mai également. D’autres sont prévues à la rentrée. D’ici là bonnes vacances et des découvertes passionnantes pour alimenter la réflexion sur les villes et la condition urbaine.

Philippe Panerai


 

SOMMAIRE

 

ÉDITOS

  1. Le cycliste topographe, Frédéric Bonnet
  2. Athènes ou l’apparent paradoxe, Jean-Pierre Charbonneau
  3. « Le trottoir roulant » de la mondialisation passe aujourd’hui à San Luis Potosi, Olivier Mongin
  4. Le FSM Café de Berkeley: un «lieu de mémoire» ?, Cynthia Ghorra-Gobin
  5. La formule de Blondel ou l’esprit de l’escalier, Philippe Panerai
  6. Génération 80, Vincent Lavergne
  7. Le TGV à bout de souffle?, Olivier Mongin
  8. Cinquantenaire de la loi d’orientation foncière de 1967, une date historique ?, Vincent Renard
  9. Une agence d’urbanisme de la France ?, Stéphane Cordobes
  10. Good growth for London, Sadiq Khan à la table du bon et du juste, Flavien Menu
  11. Afrique subsaharienne: métropoles obscures et économie-monde, Michel Raynaud

 

REGARD CRITIQUE

  • Le cours Lafayette à Lyon: urbanité et ville ordinaire, Jean-Pierre Charbonneau
  • La Bourse du travail de Troyes: une requalification patrimoniale discutable, Sébastien Clement et Corentin Debelle
  • Récit de voyage : Bulgarie, Leïla Ammar

DOSSIER : Mai 68, l’architecture et la ville

  • Le retour à la ville, Philippe Panerai
  • En architecture, 68 s’est joué en 66 – Dialogue entre Jean-Patrick Fortin et Philippe Panerai
  • Les Beaux-Arts avant la fin, Jean-Pierre Epron
  • Brève histoire d’un admissionniste entre la rentrée 1966 et février 1969, Patrick Céleste
  • Les quatre temps du projet
  • 1968: la sociologie contre l’urbanisme, Jacques Donzelot
  • Projet de programme pour l’introduction des sciences sociales dans l’enseignement de l’architecture et de l’urbanisme, Henri Lefebvre
  • La pensée d’Henri Lefebvre en Amérique latine, Dallila Flores
  • La ville de 1968, aveuglements et anticipation, Oliver Mongin
  • La naissance du périurbain, Jean-Michel Roux
  • Mai 68, et après ?, Anne Chaperon
  • Un mémorable repas de patron, Claude Genzling

Sélection bibliographique

LECTURES

TÉLÉGRAMMES

Les voies du peuple éléments d’une histoire conceptuelle de Gérard Bras

 


Sortie de Livre

Gérard Bras, directeur de programme au Collège International de Philosophie (2001-2007) et président de l’Université populaire des Hauts-de-Seine, est désormais professeur honoraire de philosophie en première supérieure. Il est l’auteur de Hegel et l’art (P.U.F.), Pascal, figures de l’imagination (en collaboration avec J.-P. Cléro, P.U.F.) et de Les ambiguïtés du peuple (Pleins feux). Son nouveau livre Les voies du peuple éléments d’une histoire conceptuelle aux éditions Amsterdam est en librairie depuis le 23 Janvier.

Par La ville en commun


 

Dèmos, plèbe, populace ou multitude – le mot « peuple » est polysémique. Terme essentiel de la politique moderne, il constitue pourtant aussi un point aveugle de la philosophie politique. D’un côté, on le soupçonne d’être le vecteur d’une démagogie nationaliste, voire raciste ; d’un autre, on l’a vu réapparaître avec le « printemps arabe » et les mouvements d’occupation des places. Ce livre veut prendre au sérieux le nom du peuple et en faire un objet théorique. Il prend le parti de l’histoire conceptuelle afin de rendre sensibles son usage et ses sens, dans les discours théoriques comme politiques. À travers trois grandes séquences – la Révolution française, la France gaulliste de la résistance puis de la guerre d’Algérie et, pour finir, les perspectives qu’offre la philosophie contemporaine – et l’étude minutieuse des écrits de philosophes et d’historiens tels que Rousseau, Hegel, Michelet, Laclau ou Rancière, il restitue sa complexité pour éclairer ses usages les plus délétères et renouer avec ses potentialités émancipatrices.

« Espaces publics, cultures et engagements »

 


Compte-rendu de colloque pour la ville en commun

Le vendredi 21 décembre 2017, la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord en partenariat avec les laboratoires AMUP, LAVUE, 5IFAS organisait une journée d’étude abordant la problématique « Espaces publics, cultures et engagements ». La ville en commun y était et propose un compte-rendu des prises de parole de la journée

Par La ville en commun


 

« Participer au projet urbain entre engagement et altérité. Une perspective ethnographique » avec Federica Gatta

Le concept de projet urbain est né en Italie et en France à la fin des années 1980 en réaction à la hiérarchie de l’infrastructure sur les autres structures de la ville. Il a été appréhendé comme l’échelle intermédiaire entre des plans de planification et l’échelle architecturale en se focalisant sur les acteurs et les contextes locaux. Cette notion de projet urbain a été englobé dans un rapport plus large de reprise néolibérale de la ville avec une place prégnante de l’économie et de la logique de marché – entrepreneurial sur tous les aspects de gestion de la ville. Nous sommes dans une « technique de gouvernement » (Foucault) comme le montre la place croissance des partenariats publics et privés, les mises en concurrence, les phénomènes de spéculation. L’important serait dès lors de régénérer les territoires d’un point de vue économique pour que les entreprises s’y installent plutôt que de penser à une réparation des modalités de gestion de la ville.

L’action culturelle dans le projet urbain est au croisement de plusieurs enjeux et stratégies comme celle de l’opportunité — notamment financière — offerte par l’arrivée d’une politique ANRU, un besoin urgent de compenser les manquements du Bailleur, une modalité d’action de faire avec peu. C’est aussi une imbrication de temps différents qui pose la question de la temporalité artistique dans la transformation du territoire : le temps long d’imprégnation des artistes et le temps court de la performance artistique.

Plusieurs sphères d’acteurs se rencontrent sur le même terrain d’intervention : celle de l’action collective (le triptyque associations – participations – concertation venu des luttes urbaines), les pratiques de reprise (squats d’artistes), les jardins collectifs. Ils ont en face d’eux les élus, les bailleurs, les services techniques…

Pour l’étude d’un projet, on peut mobiliser la question du « régime d’historicité » : un agencement propre à chaque époque du passé, du présent et de l’avenir créant son propre mode d’interprétation du monde. Avec le contexte néolibéral, le régime d’historicité actuel est le présentéisme soit une primeur du présent dans l’agencement global entre passé, présent, futur. Le projet urbain a une fonction d’enchantement et de médiatisation du futur dans le présent même.

Dans ce contexte, les modalités d’actions collectives en général et culturelles en particulier ont du mal à exister. On parle d’urbanisme tactique (Certeau) mais in facto sans maitrise collective du temps qui revient au seul propriétaire décidant ou pas d’une intégration progressive des acteurs s’en réclamant : le fond volet social est utilisé pour un projet artistique temporaire. On voit croitre les baux précaires d’activation temporaire à l’occasion de projets artistiques dont la condition du départ est l’arrivée d’un projet. Les temps de passages entre les phases d’aménagement deviennent des moments d’insertion occasionnels et tactiques pour une activation sérielle. On voit une saisonnalité des actions artistiques et une accélération aux moments politiques (mobilisation collective ou élection).
Ces rythmes demandent un travail d’accordement entre ces différents temps pour cueillir une ou des occasions.
Les temps artistiques dans le projet urbain met en avant l’événementiel quotidien qui régule le fonctionnement de l’espace public. Cela entraîne une éventuelle voie de contrôle sur ce qui peut se faire ou pas dans l’espace public. Existe-t’il une intentionnalité événementielle de l’art dans sa manière d’entrer dans le projet urbain pour créer des « souvenirs » qui seraient une amorce de son insertion ? Au-delà de la notion d’urbanisme tactique, nous sommes dans un urbanisme fictionnel autour de projets urbains appréhendés sur le mode du story telling.
L’halochromie de l’anthropologie (hyper-contrôle des temps) est visible dans la relation entre le temps des artistes et des habitants mais aussi de manière plus générale pour l’ensemble des citadins et les temps de la ville.

« Culture d’un espace public “sensible”. Engagement et résistances » par Marie Kenza Bouhaddou

Depuis quinze ans, les aménageurs ont tendance à passer par des projets artistiques mettant en avant le sensible et le vert vus comme une modalité de pacification alors que la notion de « nature » est vecteur de dissensus dans les représentations. C’est le cas du dispositif étudié qui est l’opération « Prenez Racine » dans le quartier ANRU Mermoz du VIIIe arrondissement de Lyon. L’artiste doit réaliser une pépinière urbaine sur une emprise vacante avec 38 parrains et marraines d’un arbre. Les arbres ont été transplantés en 2015 lorsque les habitants ont pu revenir habiter leur quartier.  Il y a un double cadre : celui du volet social de la politique de la ville mettant en avant le lien social et celui du projet de renouvellement urbain mobilisant le concept de mixité sociale. Ce projet est censé relier écologie, Histoire, histoires personnelles autour de la notion de « racine » et de « l’enracinement » envers des habitants en France depuis peu, qu’on va déménager pendant un temps avant de faire peser sur eux une injonction à prendre racine. Les pratiques sensibles feraient le trajet entre subjectivité et matérialité en présupposant un important rôle social et politique par l’injonction faite aux habitants de devenir acteurs du changements pour maintenir « LE lien social ». Ces interventions sont auréolées de nombreuses vertus avec des habitants devenus acteurs du changement et aides à la création afin de maintenir du lien social. Ce projet est censé accompagner pendant une aventure sociale et humaine qui donnerait aux habitants un pouvoir d’agir…
Le groupe des parrains et marraines est historique alors que les nouveaux venus forment le groupe des « jeunes pousses » avec un engagement plus sporadique et moins visible. Ils font des travaux de construction du lieu et ils demandent une reconnaissance et ont d’autres envies que le groupe historique. Est mobilisée l’idée de l’espace public sensible avec une monoculture de ce que serait ce sensible devenu une panacée aux problèmes sociaux

À la fois verdissement et mobilisation artistique, le projet serait sensé faire grandir un rapport unique au sensible — une mono-culture —  considéré comme du vivant dans un rapport esthétique, politique et social. Au-delà des attendus, les acteurs ayant mis en œuvre le projet l’ont fait chemin faisant avec un processus retroactif en expérimentant une manière différente d’aménagement de l’espace public c’est-à-dire  en le ménageant et en ménageant celles et ceux qui l’aménagent.
La question de la temporalité du vivant de l’arbre est intégrée et donne le tempo des autres temporalités de l’habitant par des fêtes et une plus forte attention à la saisonnalité. Très vite on voit des relations d’affects ancrées dans les pratiques quotidiennes avec un pouvoir d’agir collectif et des pratiques de solidarité et d’entraide. Celui qui a le pouvoir est celui qui fait.
Ces pratiques permettent de créer un acteur perturbant l’institutionnel mais permettant aussi des prises de décision.
L’artiste joue des zones d’ombre associées à l’usage du mot « culture  » qui peut toucher l’agroculture, le culturel, l’interculturalité. Il dit cultiver la ville avec en suspens les problèmes d’inclusion et d’exclusion d’acteurs et de situations. Cette culture urbaine devient un prêt à aménager et un outil pour forger/reconquérir une nouvelle citoyenneté. Tout en normalisant les usages du territoire sous la forme d’injonctions participatives, la culture du sensible permet de repolitiser alors que le vert permet de faire du semblable à partir des particularités.
L’engagement est corrélé au faire et au pouvoir d’agir des habitants au quotidien et hors des cadres traditionnels (associations, partis, etc). il est social, politique et artistique  voire physique. Les habitants ont su arracher un jardin autogéré aux aménageurs. La MJC devient porteuse de la maitrise d’œuvre de réalisation d’une partie de l’espace public. Des prises de conscience ont émergé et ont permises la création et l’usage d’un vocabulaire commun soit un socle commun très politisé contre l’idéologie du projet urbain et son langage. Pour autant, le projet « Prenez Racine » a normalisé l’espace public : il a donné naissance au projet « Eau de rose » (production locale d’eau de rose) repris par la biennale de Lyon qui a multiplié l’expérience sur six autres localisations. Le modèle devient transposable et est accompagné d’une injonction d’inclusion quasi-totale même dans le cas où il n’y a plus personne (cinquantaine de parrains sur 4000 habitants c’est peu).

Discussion Agnès Deboulet

Le sujet transversal de cette journée semble être la conjonction des pratiques des artistes et des savoirs sociaux des citadins ainsi que leurs usages. L’artiste y agit comme un facilitateur soit auto-promu ou sollicité. Nous sommes dans des situations d’intermédiation entre des dynamiques institués et sociales.
Cela s’exprime d’autant plus dans les espaces intermédiaires : des lieux non-appropriés et non-utilisés qui sont réactivés par des parties prenantes temporaires souvent en raison de conflits fonciers.
Se posent les questions de l’entretien et de la gestion par des praticiens du faire en raison d’une vacance de l’entretien. Ce serait de nouvelles pratiques urbaines du care.
L’arbre est aussi une figure de l’intermédiation comme l’animal de compagnie devenu modalité de socialisation.
Plus qu’un urbanisme tactique, on a un urbanisme de substitution pour recréer de l’espace public selon une stratégie compensatoire.
Cela se voit sur le versant mémorielle surtout sur la reconstruction.
L’engagement : pour et avec qui ?
La présence d’artiste est-elle sollicitée pour donner du contenu entre les échanges tout en créant un apprentissage spatial permettant l’appropriation des lieux ? Mais dans ce process qui décide de cela ? Est-ce négocié ? Est-ce hybride ?
Les artistes deviennent des acteurs du projet urbain : en quoi participe-t’il aux présupposés sur ce projet urbain en cours ? Comment se fait le pré-diagnostic avant le travail artistique ? Comment toucher les publics absents et comment mettre en débat : informer/nourrir les débats ?
Se pose la question de l’institutionnalisation et de la délégation ?
Ce sont des formes d’implication sociale non par des dispositifs mais par des pratiques : qui produit le discours sur le nous ? Il y a t’il confiscation du discours par les experts professionnels ou les citoyens experts ?
On voit poindre une éventuelle lutte pour la reconnaissance et la prise en compte des savoirs sociaux (connaissance, implication et accompagnement) dans une remise en question des pratiques professionnelles et expertes. Cela peut se faire en extériorité ou en coproduction. La tendance est en ce moment à une coproduction plutôt superficielle.
On est dans tous les cas dans une conflictualité prenant à rebours la gouvernance managériale qui impose un consensus de ce que devrait être la ville.

 

Photo de couverture : Bodies in urban spaces, Cie Willi Dorner

Vers un retour de la végétation spontanée en ville


Compte-rendu de colloque pour la ville en commun

Le vendredi 8 décembre 2017, l’institut d’aménagement et d’urbanisme de la région Île-de-France a organisé un séminaire abordant la problématique « Vers un retour de la végétation spontanée en ville ». La ville en commun y était et propose un compte-rendu.

Nous assistons à un renouvellement de la pensée sur la nature en ville qui dépasse la simple domestication de la nature transofréme en jardin pour proposer le développement du végétal spontané. Les végétaux en ville deviennent un enjeu fort pour les urbanistes, poues les décideurs, pour les citoyens, pour les usagers, pour les professionnels.

Par La ville en commun


Nathalie Blanc, directrice de rechercher CNRS : Histoire, tensions et contradictions des politiques publiques sur la nature en ville

Longtemps, la nature a été appréhendée comme l’anti-ville au sein des mouvements sociaux des années 1970 comme chez les scientifiques qui mènent des études écosystémiques.
Dans les années 1980, sont mis en place des politiques de municipalisme environnemental appréhendes à travers les dispositifs proposés (charte écologique) et au sein des services environnements qui apparaissent dans les mairies.
Dans les années 1990, les agendas 21 locaux sont mis en place afin de dépasser l’aménité urbaine pour œuvrer vers plus de transversalité à travers des démarches complexes mêlant écologie, social et économie avec une participation citoyenne. Les considérations pro développement durable étaient sensées mettre fin aux politiques silo – sectorielles. Bien avant les politiques de trames écologiques urbaines, Nathalie Blanc
En 2005, cette « gouvernance multi-acteurs » a changé pour des modèles plus managériaux, quantitatifs laissant une large part aux démarche et modules d’évaluation et de contrôle.

Aujourd’hui
Plusieurs villes et pays ont lancé l’élaboration d’infrastructures vertes urbaines afin de valoriser la nature en ville à travers une logique comptable des services systémiques rendus alors que les effets récréatifs ou le lien social ne peuvent être comptabilisés. La situation actuelle est celle d’autorités publiques qui — au lieu de partir de biologie des espèces — façonnent des trames vertes bleues à partir de la qualité du sol afin de répondre à des impératifs techniques comme l’humidité de l’air, la baisse des îlots de chaleur urbains. On a aucune preuve empirique que cela ait des impacts sur le changement climatique.
Deux programmes :
– les villes dans leur environnement régional pour appréhender la complexité de la situation
– les effets sur la ville.

L’écologie urbaine est un chantier en construction depuis trente ans avec des difficultés en terme d’échelles et complémentarité. Ayant peu de marge de manœuvres sur la formalisation des trames vertes bleues, il y a rarement une acception collective de ces aménagement créant un autre rapport de la nature en ville dans les modes de vie. La mise en œuvre de la végétalisation de la ville en association avec la habitant renforce la démocratie locale et la gouvernance tout en facilitant ce type de démarche. Ainsi la création d’un parc après une reconquête urbaine a tendance à renchérir un foncier largement repris en main (une gentrification à rebours) par des promoteurs qui captent la survaleur si une union entre associations et élus n’a pas été conclu en amont pour geler du foncier contre les phénomènes de spéculation.

Démarche expérimentale d’une pépinière publique d’herbacées et de plantes pour un projet d’aménagement

sur l’EPA Saclay (OIN sur le plateau de Saclay)

Plateau de Satory 350 ha proche d’une forêt domanial avec un historique militaire et des terrains de manoeuvre en friches.
Les deux leviers de l’OIN sont :
– la libération des fonciers de l’État qui créée une offre de logement
– station de métro GPE sont les deux leviers de cette OIN.

La pépinière transitoire représente 16700 m2 avant la prise du lot par un aménageur avec des inquiétudes sur l’eau et les espèces invasives ou indigènes… Le premier acte a été de dresser une liste des espèces indigènes d’Île-de-France avant de plutôt s’orienter sur la question du local.In fine, l’EPA a privilégié l’implantation de graines locales à faire grandir localement à rebours de l’habituelle disjonction entre la graine et la maturation d’individu arboricole.
La démarche respecte le développement durable avec une banque de semences et pieds mères, une production locale avec un circuit court, une filiere de récolteurs multiplicateurs…
Au péralable, la démarche avait été expérimenté dans le jardin des essais dans le 91 avec 1 700 arbres qui avaient été implanté dans une parcelle avant de les mettre dans une ZAC. Dans cet exemple, les sujets était déjà jeunes mais pas au stade de la graine.

 

Quelles dynamiques urbaines autour des quartiers de gare ?


Compte-rendu de colloque pour la ville en commun

Le vendredi 8 décembre 2017, l’institut d’aménagement et d’urbanisme de la région Île-de-France a organisé un séminaire abordant la problématique « Quelles dynamiques urbaines autour des quartiers de gare ? ». La ville en commun y était et propose un compte-rendu. 

Longtemps les gares ont été appréhendés comme des non-lieux (Marc Augé) — espace de flux entrants et sortants — alors que la Société du Grand Paris prévoient des conceptions de gare à la fois hub, quartier de ville, levier de restructuration urbain. La gare est un objet singulier « mi urbaine, mi industrielle » : c’est un ailleurs qui vient troubler l’expérience de la ville. Du point de vu urbain, le quartier de gare est un lieu de conflit de différentes échelles de centralité et un rapport intériorité / extériorité du quartier de gare. Du point de vu la mobilité, nous sommes passé d’une logique purement intermodale à un espace-temps appréhendé comme un stock à valoriser et à capitaliser.

Par La ville en commun


Les six facteurs expliquant l’émergence des quartiers de gare :
• le développement des trains à grande vitesse ;
• le transfert des activités logistiques et industrielles dans les périphéries des villes ;
• la privatisation des gestionnaires es voies ferrées et des gares ;
• les politiques publiques d’amélioration de l’attractivité des quartiers et de villes ;
• les dynamiques spatiales de la société contemporaine.

La révision d’un certain nombre de concepts comme préalable nécessaire

Caroline GALLEZ, chargée de recherches au laboratoire Ville Mobilité Transport (LVMT)

Portée par divers acteurs — locaux, métropolitains ou nationaux —, l’intensification autour des gares est perçue comme un moyen de structurer l’étalement urbain, de renforcer l’attractivité économique et d’atténuer la dépendance automobile en rapprochant les nœuds de l’habitat.

Structurer l’étalement urbain
Historiquement, les réseaux de transportont compensent la rareté du foncier en zone dense par l’organisation d’une dispersion des lieux de production et d’habitat. Ils sont donc des vecteurs d’étalement urbain qui ont un coup important et qui sont difficiles à financer quand ils ne desservent pas des zones très denses : raison pour laquelle Grenoble et Toulouse ont monté des contrats d’axe. Ces derniers permettent de compenser l’absence de rentabilité directe des villes desservies qui pour les recevoir s’engagent à densifier toute la ville et en particulier les gares. Cette méthode permet un renouvellement continu de la logique de l’offre. Spatialement, cela se traduit par une  organisation polycentrique dans lequel les pôles sont hiérarchisés avec des centralités primaires et secondaires avec des modalités d’aménagement et d’intensification différente selon leur importance. Il faut interroger la forme urbaine autour des gares en différenciant projet d’aménagement et gare.

Renforcer l’attractivité notamment économique
« L’effet structurant des transports publics » est la formalisation terminologique de l’idée que ces transports déterminent la valorisation économique d’un quartier. Sauf qu’il n’y a aucune preuve empirique de cet effet spécifique, ce determinime entre l’arrivée de transports et le développement. Loin d’une création de valeur et d’emplois ex-nhilo, cette arrivée de transports provoquent moins des créations d’emplois que des relocalisations à arbitrer à l’échelle au moins régionale. En 1993, Jean-Marc Offner préférent user de l’idée de « congruence » en insistant que si les réseaux ouvrent des potentiels, ce sont les acteurs urbains qui devraient s’en saisir pour les réaliser en mobilisant les capacités collectives à agir.

Atténue la dépendance automobile
Plusieurs outils sont mobilisés au nom d’une mobilité durable et d’un changement de paradigme : une meilleure structuration de l’urbanisation autour des gares, un maillage très fin par des lignes, une fréquence élevée, une régulation stricte de l’usage de la voiture dans les zones centrales par la régulation. Nous sommes encore dans une dépendance totale à la mobilité devenue la principale modalité de fabrique de la ville surtout par la voiture qui prend une place importante des infrastructures routières. Sans une régulation forte — osons même une réfutation — de la voiture, les impacts sur le partage modal sont faibles.

Au-delà de l’approche uniquement utilitariste des transports jaugé par un seul indicateur comparatif (le gain du temps) qui fait du projet de transport un simple tuyau, la réflexion urbanistique s’intensifie. Il s’agit :
• d’anticiper, de dévoiler, de discuter : passer de la doctrine à la politique (s’appuyer sur des outils de coordination)
• évaluer les potentiels d’accès : Pour qui ? À quoi ? Utiliser les indicateurs d’accessibilité au-delà du simple gain du temps.
• Travailler sur l’intermodalité : ne pas faire de la route ni de l’auto des sujets tabous, considérer la marche comme un vrai mode
Il est nécessaire d’appréhender les avantages et inconvénients différenciés du projet de transport.

L’articulation Ville/Transport dans les quartiers de gare : la méthode Node/Place

Cette méthode permet d’avoir une vision objective du rapport entre intensité du quartier de gare et celle du nœud de transport. Elle se base sur deux indicateurs synthétique :
Le Node :
• Fréquentation ;
• fréquence ;
• accessibilité ;
• rayonnement ;
Le Place :
• Densité de population et emplois ;
• type d’urbanisation ;
• nombre et type d’équipement ;

Alexandre BOUTON, directeur de l’agence Urban Act’ Architecture et écologie territoriale

Pour l’extension de la ligne 11, l’agence s’est attachée à réfléchir sur comment relier l’organisation des mobilités et l’organisation spatiale dans une stratégie d’aménagement. Elle est partie de l’observation des modes d’implantation d’une gare dans un secteur particulièrement complexe à travers les rabattements possibles vers la gare depuis un tissu de faubourg très complexe, divers et imbriqué avec un maillage de voies très petite (14 mètres) et imbriqué. La difficulté était alors d’organiser une intermodalité qui nécessite des largeurs de 18 à 21 m. Il a fallu réorganisé les mobilités à travers un plan. Pour cela, la question politique est fondamentale notamment sur la question de l’a destination de l’espace public (pour qui ?) et son partagé. L’agence a donc changé les itinéraires en cassant la logique routière pour privilégier les modalités piétonnes, les modes actifs, le vélo entraînant une baisse du stationnements et de la place pour l’auto. Vue la complexité à faire accepter cela aux élus, il a fallu penser en phasages par rues et par le plan vélo pour préparer le moment de l’arrivée de la gare. Elle a fait coïncider trois trames : trame transport en commun, trame espace public, trame paysagère renforcée.

Boite Noire : articles et vidéos extérieures à La ville en commun

I – Radio

France Culture 

– La série documentaire, En mal de toit : état des lieux du mal-logement (1/4) – Touche pas à ma cabane !

– La série documentaire, En mal de toit : état des lieux du mal-logement (2/4) – Mon rêve de HLM ou la couse au logement social en région parisienne

– Politique de la ville : les habitants ont-ils droit de cité ? Ici avec Renaud Epstein et Catherine Erenou

– L’économie des villes 1/4 : Dessine moi une cité

– L’économie des villes 2/4 : L’aménagement du territoire

– L’économie des villes 3/4 : BRICKS : l’hybris de la brique

– L’économie des villes 4/4 : La guerre des métropoles

II – TV et chaine Youtube

Violaine Girard et Hervé Vieillard-Baron parlent des banlieues et du péri-urbain à l’UP 14 : Ici

Géographie électorale : leçons et idées reçues : Ici