Journée d’étude – « Espaces urbains vacants : vers un nouveau marché urbain ? »

Le jeudi 16 mars 2017, dans le cadre des Ateliers du Développement Urbain Intégré (formation M2 de l’École d’urbanisme de Paris), le laboratoire de recherche le LaTTS représenté par Yoan Miot et le laboratoire Lab’URBA représenté par Nadia Arab organisaient, à l’École d’Urbanisme de Paris, une journée d’étude autour des « Espaces urbains vacants. Vers un nouveau marché urbain ? ». La ville en commun y était et propose un compte-rendu. 

 

Introduction

Contexte : rapport interministériel 2016 sur les logements vacants.

Nadia Arab du Lab’URBA : Quand on parle d’espaces urbains vacants, il y a une diversité de situations :

  • de types : cellules commerciales en rdc, délaissés, équipements publics, friches.
  • de situations selon la taille
  • de durée d’occupation
  • d’état d’occupation
  • d’intensité de la vacance
  • de types de propriétaires : publics, parapublics, epic, privés avec des logiques d’action différentes.

Il faut arrêter de limiter la vacance aux friches foncières appréhendées comme gisement de projets – charte de gestion.

Thème I : ESPACE VACANT ET CADRE DE VIE À ROUBAIX 

Master II « Développement urbain intégré » EUP avec Nadia Arab (EUP, Lab’Urba) et Yoan Miot (EUP, LaTTS)

Recherche – action sur le centre ville de Roubaix et le quartier Cul-de-four qui a pour spécificité de lier amélioration du cadre de vie et résolution de la vacance. 

Méthode : diagnostic en croisant les variables économie commerciale (manque de diversité), espace public (dégradé), lien social, mobilité, transports publics. Le diagnostic a ensuite été affiné par des entretiens semi-directifs.

Stratégie : traitement ponctuel de parcelles vacantes selon leur intérêt stratégique et leur capacité à initier une dynamique d’amélioration qui rayonne sur le tissu urbain autour. Il existe 4 moyens :

1 –  Redynamiser les centralités actives 

  • action directe sur les locaux vacants et amélioration des facteurs de commercialité : acquisition, commercialisation et réhabilitation ciblées ainsi que création de nouveaux services comme le stockage ou le stationnement.
  • création des conditions favorables à l’émergence de commerces d’activités : création d’une plateforme parapublique (SEM?) d’accompagnement de porteurs de projet et de propriétaire dans un espace identifié.

2 –  Relancer une dynamique d’emploi et d’activités 

  • formations adressées aux personnes éloignées du marché de l’emploi et créations d’emplois cohérent avec le marché local : activité diversifiée sur les linéaires commerciaux
  • des meilleurs conditions d’accessibilité à l’emploi : conventions notamment ESS.

3 –  Requalifier les espaces publics dégradés et améliorer le vivre ensemble

  • création de nouveaux espaces publics : parc urbain (Happyculture), linéaires boisés, incitation ou coercition du privé par des outils réglementaires.
  • réhabilitation directe des espaces publics par le revêtement et par des espaces partagés

4 –  Concourir à la création d’une ville verte, durable, écologique

  • Continuités urbaines par des jardins publics et familiaux
  • concevoir de nouveaux espaces de respiration : parc urbain Happyculture
  • pôle compétitif conteneur, recyclage des déchets, ressourcerie, centre de tri, déchetterie
  • Développer des activités et des emplois dans le domaine de la transition énergétique

INCISE : outil de « la minoration foncière » utilisé par l’EPF NORD PAS-DE-CALAIS qui s’appuie sur un plan de programmation et d’intervention qui permet de manière très volontaire de revendre du foncier au prix d’équilibre de l’opération.

 

Thème 2 : RÉACTIVATION DES REZ-DE-CHAUSSÉE VACANTS

1 – Fédération des boutiques à l’essai 

Maxime Bréart, ma boutique à l’essai 

« Les boutiques à l’essai » sont à la fois un dispositif – plateforme d’initiatives sur des cellules commerciales vacantes et une fédération d’expériences réparties dans une trentaine de collectivités territoriales. La puissance publique impulse cette réactivation commerciale.

Ils vont convaincre un propriétaire privé de rejoindre le dispositif qui trouve un porteur de projet auquel la plateforme propose un pack boutique à l’essai soit un accompagnement par des banquiers, des assureurs, des experts comptables…

Une charte propriétaire – locataire prévoit une hausse de loyer progressive dans le temps avec la montée de l’activité.

La fédération a été sollicitée pour les gares du GPE mais elle n’a pas répondu.

En parallèle est menée de manière expérimentale dans un quartier prioritaire une opération « ma boutique, mon quartier ».

b – « Les rues du développement durable »

Nils Svahnström, rues du développement durable 

Association depuis 2009 qui est missionée par l’EPA de Saint-Etienne sur le quartier Saint-Rocq sur un volet ESS des rez-de-chaussée ainsi que deux volets : logements et espace public.

Plutôt que « villes en décroissance », il opte pour le terme « villes en récession » notamment en raison de la concurrence de la grande distribution. Le quartier Saint Rocq présente 40 % de linéaires avec pour mono-activité essentiellement des Kebabs.

Ils ont commencé par dénombrer 100 locaux vacants sur le périmètre opérationnel.

Il existe une foncière pour acheter des locaux mais il est aussi proposée une autre méthode que l’acquisition foncière : l’association prend en charge de manière solidaire le petit oeuvre avec des artisans encadrant des bénévoles.

L’association prend un prêt à la banque. Il négocie la gratuité et la dégressivité des loyers du propriétaire à l’association qui sous-loue à un locataire. L’intérêt de la démarche est de réveiller la valeur d’usage.

 

Thème III : ÉCONOMIE ET TERRITOIRE AU PRISME DE L’INUTILITÉ

Gilles Crague, Directeur de recherches, CIRED – École des ponts

Plutôt que la décroissance ou la croissance, il faut raisonner en terme d’inégalités.

Les termes habituels de grands projets urbains, de pôles d’excellence, de poles de rayonnement métropolitain sont la traduction en matière urbaine du concept de « ruissellement » soit une réponse à la crise par la métropolisation.

La métropolisation aurait pour items :

  • l’excellence (digital, start-up…) qui se déploie contre les tissus urbains locaux et aboutit à l’eviction de l’économie et de l’activité résidentielles.
  • l’attractivité : effets ambiguës
  • l’innovation
  • le rayonnement assuré par des porteurs de projets qui évoquent des             effets d’entrainement souvent incertains

Ces éléments permettent de cadrer sur le court terme la déprime économique sans assurance sur le long terme. De fait, on voit des cohabitations entre des territoires en crise et d’autres en voie de métropolisation qui entrainent des découplages d’espaces comme de populations sur des dynamiques extérieures. On peut effectuer un parallèle avec les effets supposés et jamais avérés du ruissellement qu’aurait dû ou devrait provoquer la globalisation. 

Cela entraine un sentiment d’inutilité :

  • aux autres : on considère une population comme un coût
  • à soi : impossibilité de progresser personnellement pour progresser avec les autres.

Le problème actuel est la focalisation sur l’emploi qui devient le but économique principal pour contrer le découplage entre des zones en voie de métropolisation et reléguées par :

  • des politiques d’insertion qui sont des trappes de travailleurs précaires et pauvres placés dans une insertion perpétuelle
  • un réel business de l’insertion mais qui ne profite pas aux habitants de ces zones : Vitamine T par exemple.

Il existe de nouvelles initiatives et expériences intéressantes comme « les territoire 0 chômeurs de longue durée ».

Séminaire Laboratoire Lavue, Urban contradictions #1

Le 28 mars 2017, le laboratoire de recherche LAVUE (UMR 7218 CNRS) — soutenu par les universités Paris 8 et Paris Nanterre, Ministère de la Culture et de la Communication BRAUP — organisait à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture Paris Val-de-Seine le premier volet d’un colloque pluri-annuel international interrogeant les contradictions urbaines. Ces dernières sont appréhendées comme l’élément clé de la mutation des systèmes urbains mais aussi des pratiques des citadins dans un univers majoritairement urbain et globalisé au devenir incertain (économique, social, environnemental et politique…). Cette première journée abordait les contradictions urbaines sous l’angle des relations entre conflits, pratiques collaboratives et recherches citoyennes. Les conférenciers y ont exploré les relations en reconfiguration rapide, changeantes, à l’interface entre l’influence des contre-pouvoirs citadins et des mouvements sociaux et des tentatives de régulation étatique voire transnationale, en témoignent la constitution récente des Conseils Citoyens dans les quartiers prioritaires ou les chartes locales du droit à la ville prises par plusieurs villes dans le monde. 

Ces rencontres se sont articulées autour de quatre grands thèmes
I   – Les relatons entre l’espace et les manifestations populaires
II  – L’acteur étatique dans un sens large (concentré, déconcentré, décentralisé)
III – La société civile organisée
IV – La recherche comme sous catégorie spécifique au sein de cette société civile

I – Les relations entre l’espace et les manifestations populaires

Ce phénomène culturel explose en ville car cette dernière impose aux habitants des contraintes terribles mais aussi des situations et des terrains inédits de contestation / revendication. C’est aussi un espace où le marché continue son œuvre historique de valorisation de l’espace à son avantage tout en y adjoignant des forces transformatrices qui touchent l’urbain et les espaces d’exclusion (uber en banlieue).

Nous ne sommes pas dans des happening socio-culturels mais dans des mouvement profonds basés sur une expérimentation civile de l’autonomie avec pour mire une démocrate plus complète. Il existe des similitudes dans les formes spatiales et d’organisations mais elles sont insuffisantes pour dessiner une catégorisation causale de ces manifestations.

II – L’acteur étatique dans un sens large (concentré, déconcentré, décentralisé)

Ce dernier édicte des politiques publiques pour administrer une société civile qui peut ou pas devenir un contre-pouvoir. Cette sphère est largement devenue un monde confiné de professionnels de la politique qui essaient de les imposer avec de plus en plus de difficultés à des citoyens bien informés et prêts à agir directement sur l’espace public et urbain — quelque soit le contexte. Ils sont différents et jouent leur rôle d’opposition éventuelle à l’action et à la volonté de l’État — surtout quand on sait que les puissants peuvent avoir une incidence directe et non démocratique sur la décision.

III – La société civile organisée (autour du logement entre autre)

Le logement collaboratif est une réponse éventuelle à la crise structurelle du logement qui se manifeste par des transformations dans le logement social, par le logement devenu une marchandise, par un secteur privé non réglementé, par des nouveaux demandeurs (employés).

2000 : émergence d’expériences collaboratives dans l’habitat.

2010 : le terme « habitat participatif » émerge avec pour éléments constitutifs la participation, la dimension collective, des espaces partagés. Il est expérimenté dans des contextes immobiliers tendus pour répondre à de nouvelles demandes de participation / empowerment avec de nouvelles pratiques plus larges de collaboration.

Ce modèle est porté par des valeurs et au nom d’inspirations des classes moyennes avec souvent une homogénéité et une proximité culturelles et sociales (fort capital culturel et social). On est assez proche de l’endogamie sociale et à mi-chemin de la gated community. Il est très difficile de transférer cette expérience dans des groupes sociaux moins favorisés : les personnes âgés, les handicapés, les réfugiés…

Dans nos pays, il y a une attitude consommatrice / passive avec aucune auto saisine des personnes pour s’auto-organiser — notamment parce que la gestion du logement social ne le permet pas.

La donnée économique est essentielle avec des logements abordables mais de bonne qualité et surtout une réglementation du prix ou du loyer. Il faut donc une régulation, un développement de ce secteur, des formes de transaction sociétale.

Pour avoir un projet de logement collaboratif, on doit jouer sur plusieurs leviers : l’acquisition foncière, le coût de production, le coût de l’énergie, une qualité standard, la matérialité, le management de soi, la redistribution.

Des partenariats diffus dans plusieurs secteurs avec différents acteurs pourraient permette de faire mieux avec moins en axant sur des espaces partagés, un usage capable de s’adapter et de changer, la construction de soi / l’empowerment.

Ces éléments prospectifs deviennent un but à poursuivre au moment où les logements sont de moins en moins disponibles et sont de moins en moins de bonne qualité pour les gens qui en ont besoin car les acteurs (marché, bailleurs) axent sur le quantitatif et la vitesse de production. L’entrée des financiers sur ce marché empire cette diminution du logement social par une inflation générale des prix. Cela pose la question de placer ce secteur hors du marché.

Plus fondamentalement, la réelle difficulté est que les personnes ne savent pas ou pensent ne pas pouvoir avoir les outils financiers et juridiques pour faire un logement collaboratif.

IV – L’universitaire et le chercheur

La recherche qui travaille avec et pour un public n’est pas une nouveauté (Alma Gare)

Questionnement actuel :

La recherche collaborative citoyenne vise-t’elle l’émancipation des citoyens (but politique) ? Si c’est le cas, ne le fait-elle pas contre la recherche ? Peut-on parler d’une recherche comme un commun notamment en sociologie qui glisse à gauche dans un monde de plus en plus à droite mais au sein de sociétés de la connaissance avec un accès plus facile aux expériences et aux savoirs mais aussi aux manipulations ?

Comment articuler la recherche publique – académique avec la recherche collaborative surtout à un moment où les intérêts internationaux (banque mondiales et banques de développement etc) détournent la recherche publique et fixent ses standards ? Les associations sont d’ailleurs souvent des chiens de garde de ces grands intérêts contre ceux plus locaux.

 

Une réponse est peut-être visible dans la plateforme mondiale du droit à la ville qui a commencé en 2001 avant de se structurer en 2014 autour d’Habitat III avec des acteurs de la ville, de l’académie et des gouvernements locaux. La plateforme a accouché d’une charte mondiale pour le droit à la ville qui est réactualisée et qui est reconnue pour ses effets dans la recherche et la formation mais moins sur le monde concret. Les expérimentations sont menées essentiellement en Amérique Latine. En 2017, une accélération devrait être à l’œuvre.

D’un côté, beaucoup d’acteurs et de chercheurs sont désemparés par la capacité transformatrice d’un marché, lessiveuse à projets qui est difficile à incarner pour les citoyens et donc à contester.

De l’autre, nous sentons que nous sommes dans une période de modernisation avec une montée et une défense de la connaissance dans la société civile qui va jusqu’à forger ses propres outils de savoirs. Mais cela est à l’œuvre dans les espaces déjà intégrés qui savent rendre visible la participation citoyenne dans la gouvernance urbaine par le montage de collectifs de la politique du faire. Il en va autrement dans les espaces ségrégués où les organisations traditionnelles ont disparu : c’est à cet endroit que la recherche peut aider à formaliser un accompagnement stratégique allant au-delà de la simple demande de justice redistributive territoriale. C’est ce que fait déjà des associations comme « Appui », « Pas sans nous »… La recherche peut soit promouvoir directement l’émancipation citoyenne soit mettre en place des outils durables pour qu’elle advienne plus tard (effets dans le temps). Agnès Deboulet

À l’échelle internationale, un néocolonialisme du Nord est à l’œuvre sur les objets du Sud sauf en ce qui concerne la recherche appliquée citoyenne qui casse ce phénomène.

Dans les mouvements sociaux, il faut un intellectuel d’arrière garde qui les accompagne en assumant une positon d’humilité car la production de connaissances et de savoir n’est pas une chasse gardée de l’académicien. Elle est surtout dépendante des pratiques et des récits des mouvements sociaux. Le chercheur doit en rendre compte sans pour autant se départir de sa capacité critique scientifique. Cela implique de ne pas uniquement théoriser — ce qui veut dire instrumentaliser — mais de coproduire un savoir. Comme le montrent les cultural studies et le féminisme, la science n’est jamais neutre avec des savoirs qui sont toujours situés et dépendants de diverses hiérarchisations (sociale, raciale, de genre…). Ce questionnement interroge la notion de pouvoir dans le secteur même de la recherche et de la création de savoir. En effet, une domination s’opère dans l’établissement et la production de connaissances. Pour la contrer, la recherche doit se mettre au service des marginalisés et des subalternes.

 

Chercheurs présents :

  • Asef BAYAT, Université de l’Illinois ;
  • Marie-Héléne BACQUÉ, Université de Paris Nanterre, LAVUE ;
  • Claire BÉNIT-GBAFFOU, École d’architecture et d’urbanisme Wits University ;
  • Sabrina BRESSON, Ensa Paris – Val de Seine, LAVUE ;
  • Claire CARRIOU, Université de Paris Nanterre, LAVUE ;
  • Barbara CASCIARRI, Université de Paris 8, LAVUE ;
  • Cyprien COFFI AHOLOU, chef de projet de la stratégie pour le grand Lomé :
  • Darinka CZISCHKE, Université de Delft ;
  • Alessia DE BIASE, Ensa Paris – Val de Seine, LAVUE ;
  • Agnès DEBOULET, Université de Paris 8, LAVUE ;
  • Jeanne DEMOULIN, École d’urbanisme de Paris, LAB’URBA ;
  • FRÉDÉREIC DUFAUX, Université de Paris Nanterre, LAVUE ;
  • Micha FEDRIWITZ, Wohnbund – Beratung ;
  • Melissa FERNANDEZ, Université de Lancaster ;
  • Eva GARCIA CHUECA, Plateforme mondialre pour le droit à la ville ;
  • Phillippe GERVAIS – LAMBONY, Université de Paris Nanterre, LAVUE ;
  • Rainier HODDÉ, Ensa Paris – La Villette, LAVUE ;
  • Anne LABIT, Université d’Orléans ;
  • Jérémy LOUIS, Université de Paris Nanterre, LAVUE ;
  • Romain LECLERCQ, Université de Paris 8, LAVUE ;
  • Khedidja MAMOU, Ensa Montpellier, LAVUE ;
  • Albert OGIEN, CNRS, CEMS – EHESS ;
  • Manuel JOÃO RAMOS, Université de Lisbonne, ISCTE ;
  • Anja SZYPULSKI, Université de Dortmund ;
  • Stéphanie VERMEERSCH, CNRS, LAVUE ;
  • Neiva VIEIRA DA CUNHA Université de Rio de Janeiro, LeMetro/IFCS-UFRJ ;
  • João WHITAKER, Université de São Paulo, Lab’Urba.

 

Autour des gares du Grand Paris Express : audace et innovations pour une métropole solidaire

Interpellations et propositions émises lors du séminaire du 27 janvier 2017 

Sommaire

Partie I   : Ressentis territoriaux à partir des débats de la réunion du 27 janvier

Partie II  : Éclairages complémentaires

Partie III : Orientations stratégiques possibles au regard d’objectifs politiques « progressistes » en matière d’aménagement urbain

Document rédigé par Simon RONAI, Robert SPIZZICHINO et Luc VILAN

L’intérêt d’une “cartographie des pouvoirs”

Au départ, il s’agissait de se demander quels sont les vrais pouvoirs du politique vis-à-vis des politiques publiques locales ? Quels partages de pouvoirs sont possibles et nécessaires ? Comment agir sur les mutations institutionnelles en cours et sur tous les processus permettant de « faire de la ville autrement » ?

Puis, le point de vue a évolué à la suite de diverses séances de travail menées avec des collectifs citoyens locaux se situant à diverses échelles. On s’est centré sur l’exemple de la métropole parisienne. Et on s’est placé dans un premier temps non pas du point de vue de l’élu, mais de celui du citadin métropolitain. Quitte à confronter dans un deuxième temps cette appréhension des pouvoirs concernant la métropole parisienne et le Grand Paris à celle qu’en ont les élus.

On s’est inspiré pour cela d’une méthodologie utilisée en sociologie des organisations, à savoir « l’analyse des parties prenantes » aussi appelée « cartographie des pouvoirs » : on a, en ateliers, cherché à cerner quelles sont les possibilités pour le citoyen d’intervenir plus ou moins directement sur les grands enjeux qu’il perçoit comme étant ceux de la métropole.

Cela devrait conduire à tenter d’instituer des scènes un tant soit peu unifiées où s’expriment des intérêts identifiés, y compris dans leurs contradictions, pour sortir de l’empire du morcèlement et du localisme. Des processus délibératifs pourraient-ils permettre l’expression de la pluralité des intérêts et si possible, à partir de là, produire des visions communes, des consensus, sans verser dans une conception naïve de la démocratie où le consensus serait donné a priori. On est face à des problématiques d’inégalités, de carences spatiales et environnementales… extrêmement prégnantes sur ce territoire. Donc il y a lieu d’agir, et on peut difficilement agir à cette échelle sans un minimum de consensus entre les différentes forces sociales en présence.

Donc, derrière ce travail analytique et expérimental traversé de points de vue multiformes, il s’agit de voir s’il est possible de transcender la gestion de la chose publique territoriale au travers de l’instauration de nouveaux processus démocratiques sortant des cadres usuels.

Mode de financement de la transformation urbaine

La Ville en Commun organise un séminaire consacré au financement des transformations urbaines, pour explorer, au-delà du simple état des lieux, comment les pouvoirs publics et les citoyens peuvent encore être les garants d’une ville ouverte et accessible, alors que le marché tend à devenir l’acteur dominant qui façonne l’urbain. Ce séminaire, nourri d’auditions de professionnels et de chercheurs, se déroulera de mars à juin 2016. Il donnera lieu à la rédaction d’un document d’analyses et de positionnement.

L’identité, c’est la guerre

J’ai écrit ce livre parce que l’obsession identitaire me navre et m’inquiète. Nous ne sommes plus « chez nous » ? Allons donc ! Quand l’identité se mêle au «choc des civilisations», à «l’état de guerre» et à «l’état d’exception », nos sociétés s’enlisent dans un climat de peur qui nous ramène, bien malgré nous, à l’expérience traumatique de l’été 1914.

Les enfants du Chaos

Alain Bertho, anthropologue, est spécialiste des émeutes urbaines à l’échelle mondiale. Ses recherches s’articulent depuis vingt ans autour de la crise du politique et de l’État, et ont comme principale problématique la question de la banlieue et de l’émeute. Cette expérience lui permettent de porter un regard lucide sur les attentats qui ont marqué l’année 2015.