La ville autrement : Initiatives citoyennes, Urbanisme temporaire, Innovations publiques, Plateformes numériques

La ville autrement – Initiatives citoyennes, urbanisme temporaire, innovations publiques, plateformes numériques

juillet 2017 par l’APUR

Directrice de la publication : Dominique Alba

Étude réalisée par : Clément Pairot, Emilie Moreau
Sous la direction de : Émilie Moreau
Cartographie : Anne Servais
Avec les contributions de : Jean-Christophe Choblet, Étienne Delprat, Nicolas Détrie et Emmanuelle Hoss
Contributeurs Apur : Louise Cormier, Jules Gallissian, Mehand Méziani, Emmanuelle Roux et Yann-Fanch Vauléon
Photos et illustrations : Apur sauf mention contraire
Maquette : Apur

La révolution numérique et l’essor de l’engagement citoyen aboutissent à l’émergence de nouveaux modes d’actions dans la ville. La puissance publique développe des outils renouvelant la participation citoyenne et le jeu d’acteurs. Des collectifs s’organisent sur des friches révélant ces lieux et de nouveaux usages. La montée en puissance de la société civile apporte des réponses concrètes aux enjeux urbains, tant online qu’offline.

À partir d’entretiens auprès d’acteurs impliqués sur ces sujets, cette étude inventorie et décrit des initiatives développées dans la Métropole du Grand Paris autour de ces grands thèmes. Chaque chapitre se décline en quatre niveaux de lecture : une synthèse résumant les enjeux et enseignements, des fiches-outils décrivant les initiatives et les éléments nécessaires à leur réalisation, des cartographies, un article de mise en perspective d’un acteur.

Ces initiatives partagent une approche avant tout centrée sur les usages. Elles amènent à ouvrir le jeu d’acteurs et contribuent à faire évoluer les méthodes. L’étude esquisse plusieurs enjeux : l’évolution des cadres légaux qui paraissent parfois inadaptés, la nécessité d’accompagner les services concernés par la mise en œuvre de ces projets nouveaux et un enjeu de soutenabilité économique particulier pour les acteurs de l’urbanisme temporaire. Enfin, ….. suite de l’article sur le site de l’apur. 

Étude en pdf

 

 

Tous urbains n° 18 – Dossier – Le prix du sol ou le foncier cet oublié

 

N°18

 

Dossier

Le prix du sol

ou le foncier cet oublié

 


Entretien avec Jean-Michel Guénod

MARSEILLE ET EURO-MEDITERRANEE  


Les éditos de

Jacques Donzelot, Stéphane Cordobes, Olivier Mongin, Michel Lussault, Jean-Pierre Charbonneau, Anne Chaperon, Philippe Panerai, Vincent Lavergne

 

Entre présidentielle et législatives, ce numéro ne saurait ignorer la situation économique et sociale qui caractérise la société française tiraillée entre des aspirations contradictoires d’ouverture et de repli, d’auto-satisfaction et d’angoisses. La longue période électorale que nous venons de vivre avec ses surprises à répétition marque sans aucun doute la fin d’une époque. Celle qui, du choc pétrolier à l’élection de Donald Trump, a succédé aux trente glorieuses, et pour laquelle nous n’avons pas encore trouvé de nom. Alors aujourd’hui, doute ou fin des illusions ? que faire face à la montée inexorable d’une globalisation dont le cynisme et la brutalité apparaissent davantage que les bienfaits ? quel crédit accorder à l’émergence d’une conscience environnementale souvent devenue un simple argument de vente ? espoir de changement ou dépression post-électorale ?

 

Et voici que la dernière livraison de la revue Marnes* achetée pour un article sur la place des Vosges comme arché-type du grand ensemble détourne mes réflexions vers un sujet inattendu : les villes de l’après-pétrole. Ne croyez pas chers lecteurs à une conversion tardive à une écologie politique qui entrainerait Tous urbains dans un militantisme bien-pensant … Les démonstrations des scientifiques sur le temps qu’il faudra pour épuiser les énergies fossiles, je dois l’avouer m’échappent un peu, de même que notre capacité à trouver à temps des solutions alternatives. Mais se défier des présupposés que dénoncent Dennis Meadows, l’auteur du premier article de la revue m’a semblé curieusement faire écho au sujet du dossier en nous invitant à ne pas prendre comme évident ce que l’on nous propose si souvent avec assurance. J’y retrouve ce qui anime Tous urbains depuis ses origines : d’abord observer en dehors des schémas établis et des explications toutes faites en accordant aux faits urbains une importance première, puis questionner ces faits en associant examens de cas concrets et comparaisons à l’échelle mondiale, enfin militer pour retrouver dans des conditions nouvelles l’esprit de la citée et de la démocratie. Mais au fond, comment penser l’avenir, lucidement, modestement ?
Prenons (presque) au hasard trois de ces présupposés : l’énergie va continuer d’être facile et bon marché ; les réserves de pétrole commencent (juste) à s’épuiser, et les énergies renouvelables viendront prendre le relais ; notre mode de vie se maintiendra, voire même s’améliorera. Peu importe que ce soit pour demain matin comme le suggère Dennis Meadows, ou plus tard, peu importe même s’il se trompe sur un point ou deux, pouvons simplement essayer de penser l’habitat, le travail, la ville en inversant ces présupposés.

C’est en partie, mais avec un autre point de vue ce que propose le dossier consacré au prix du sol. Il nous rappelle l’importance du foncier et en profite pour dénoncer quelques idées reçues généralement présentées comme des données irréfutables par les urbanistes ou les élus, comme par exemple : « densifier permet de baisser la charge foncière ». C’est là qu’il rencontre l’article de Marnes : ne pas se satisfaire des explications habituelles. Restera pour un futur numéro à croiser les données économiques du foncier avec celles de l’énergie…

 

Pour le reste vous y retrouverez vos rubriques habituelles. Les éditos s’ouvrent par une évocation de Marseille, seconde ville de France, dont les réactions toujours singulières démentent les prédictions. Elle fait écho à l’entretien dans lequel Jean-Michel Guénod, ancien patron d’Euromed, nous parle de la naissance du projet et de ses effets sur la ville et la métropole. Mais vous croiserez aussi Rabat, Tahiti ou Paris. Un regard critique et quelques télégrammes.

Autour de la revue plusieurs rencontres ont accompagné la sortie des numéros, à la Maison de l’Architecture en mars et en mai, à la librairie Le Genre Urbain en mai également. D’autres sont prévues à la rentrée. D’ici là bonnes vacances et des découvertes passionnantes pour alimenter la réflexion sur les villes et la condition urbaine.

Philippe Panerai


 

 SOMMAIRE

 

ÉDITOS

  1. Marseille : une métropole « en marche » ?, Jacques Donzelot
  2. Tahiti à l’épreuve de l’acculturation urbaine, Stéphane Cordobes
  3. Rabat-Sale, avec ou sans trait d’union ?  Olivier Mongin 
  4. Les hyper-lieux : là où le Monde est toujours pareil et chaque fois différent. Michel Lussault
  5. Sornettes, Jean-Pierre Charbonneau
  6. Faut-il rétablir le concours des façades ? Anne Chaperon
  7. Paris demain ? Philippe Panerai
  8. L’architecte et le foncier, Vincent Lavergne

 

REGARD CRITIQUE

  • La position du missionné, Jean-Pierre Charbonneau

 

ENTRETIEN

  • MARSEILLE, : EURO-MEDITERRANEE,  ACCELERATEUR METROPOLITAIN ?
  • Entretien avec Jean-Michel Guénod

 

DOSSIER : LE FONCIER

INTRO : Jean-Michel Roux

  • La valeur des terrains urbains, Jean Cavailhès
  • Des prix incertains ? Jeux d’acteurs et représentations dans la formation des prix, Yves Gérard

Coûts de construction et densité, Arnaud Bouteille

LECTURES 

A propos de trois enquêtes   Jean-Michel Roux

TÉLÉGRAMMES 

Métropoles et territoires : comment croître ensemble ?

Avec le Pacte État-métropoles, le gouvernement semble tout miser sur les grandes villes comme moteurs de croissance. Le risque est que cette attraction se fasse au détriment des territoires périphériques. Pour éviter le décrochage, la coopération entre les métropoles et les territoires est inscrite dans les pactes métropolitains d’innovation.

 

Magali Talandier, économiste spécialiste en urbanisme et aménagement du territoire à l’Université Grenoble-Alpes, l’affirme :  « La fracture n’est pas aussi marquée qu’on le dit ». La chercheuse rattachée au Laboratoire « Politiques publiques, action politique, territoires » est une fine observatrice des flux de richesses entre les territoires. Elle s’intéresse en particulier à la « base résidentielle » de l’économie — ces ressources que captent les territoires indépendamment de leurs capacités productives tels que les navetteurs, les retraités, les touristes.

« On ne constate pas de situation où une métropole se porte bien alors que c’est catastrophique autour, et inversement. Par contre, dans les territoires au passé industriel, on trouve des exemples pour lesquels les deux vont mal. En fait, on remarque une communauté de destin. »

Pourtant, France Stratégie, organisme gouvernemental de réflexion, publiait il y a quelques mois une note intitulée « Dynamiques et inégalités territoriales » qui se réjouissait du dynamisme des métropoles, mais s’inquiétait des inégalités en leur sein et dans leur périphérie. Les exemples les plus florissants — Nantes, Rennes, Bordeaux ou encore Annecy — jouent sur la complémentarité avec des périphéries qui cultivent leurs propres atouts tout en tirant parti de l’attractivité de la métropole. En conséquence, l’ensemble du territoire attire et retient des habitants tout au long de la vie — des étudiants aux retraités.

« Nantes fait partie des villes qui ont eu cette clairvoyance il y a une dizaine d’années, en s’intéressant à d’autres moteurs de croissance que le moteur de la production. C’est une volonté de penser le développement par les enjeux productifs et les enjeux résidentiels. D’autres métropoles s’y sont intéressées plus récemment sous l’effet de la crise »

Plutôt que d’égalité territoriale ou de solidarité, Magali Talandier préfère parler de réciprocité territoriale : entre la métropole et son Hinterland, chaque partie doit être au service du développement de l’ensemble.

Crédits : DR

UNE OPPOSITION « MANICHÉENNE » EN DÉBAT

Lorsque l’on évoque les inégalités entre une France des métropoles et une France périphérique, l’ombre de Christophe Guilluy n’est jamais loin. Dans ses ouvrages, notamment La France périphérique, ce géographe qui fait polémique oppose la France des métropoles, où « se concentre une nouvelle bourgeoisie qui capte l’essentiel des bienfaits du modèle mondialisé » et une France des petites et moyennes villes et des territoires ruraux dans laquelle seraient reléguées les catégories populaires les plus pauvres.

Jean-Luc Moudenc © Guillaume Paumier

Une vision que réfute le président de France urbaine, maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole, Jean-Luc Moudenc :

« Je m’insurge contre le discours qui consiste à dire que la création des métropoles est un facteur de décrochage. Ce n’est pas vrai. Les différences de rythme et d’ampleur du développement sont bien antérieures à la création des métropoles. Au lieu de tenir un discours anti-métropole stérile, il faut faire des constats partagés et dialoguer sur ce que l’on peut faire ensemble. »

Il promet d’ailleurs la sortie prochaine d’un livre qui présentera des exemples de collaborations réussies entre métropoles et territoires tout en dressant la liste « des problématiques sur lesquelles les ruraux et les urbains peuvent travailler ensemble pour éviter ce décrochage ».

Dans une interview publiée la semaine dernière dans La Tribune n° 205, à l’occasion des Journées nationales de France urbaine à Arras, Jean-Luc Moudenc rappelait qu’« il existe des innovations et des structures qui ne peuvent voir le jour ailleurs que dans les métropoles car c’est là que l’on trouve la recherche, l’enseignement supérieur et tous les ingrédients qui permettent le développement économique et la création d’emplois. » Comme beaucoup d’autres acteurs, y compris Jean-Michel Thornary qui dirige le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), il décrit les villes comme les « locomotives » de la croissance.

Au sein de France urbaine, l’association des maires des grandes villes, présidents des grandes agglomérations et métropoles, on brandit deux mots d’ordre : une « alliance des territoires » qui suggère un développement partagé et une « République des territoires » qui s’appuie sur tous les territoires français.

QUINZE PACTES MÉTROPOLITAINS D’INNOVATION

Jean-Michel Thornary © Ruralitic 2014

Il y a huit mois, France urbaine et Manuel Valls — alors Premier ministre — signaient le pacte État-métropoles. « Première déclinaison territoriale du pacte État-métropoles signé le 6 juillet 2016 à Lyon, les 15 pactes métropolitains d’innovation visent à soutenir les 15 métropoles françaises dans leurs stratégies d’innovation pour construire la ville de demain », rappelle Jean-Michel Thornary. Le pacte s’articule autour de deux axes principaux : un volet innovation articulé en cinq thèmes (outils et dispositifs intelligents, recherche et enseignement supérieur, mobilité et transports, aménagement urbain, écologie et performance environnementale) et un volet collaboration territoriale (développement économique, mobilité et transports, gestion des ressources, ingénierie territoriale et numérique).

Concrètement que promettent les pactes métropolitains ?
Celui de Lille, par exemple, met l’accent sur le projet « Écobonus mobilité » pour décongestionner la circulation, la création de deux bassins de stockage bi-mode et l’amélioration du cadre de vie et des services aux populations des territoires ruraux dans son volet innovation, tandis que le volet coopération veut étendre « Écobonus mobilité » aux territoires limitrophes. À Strasbourg, le premier volet accompagnera la reconversion de la friche industrielle de la raffinerie de Reichstett en un site expérimental de transition économique, écologique et énergétique, et le deuxième volet soutiendra des projets de mobilité, d’emploi, de tourisme et de circuits courts de l’énergie avec les territoires adjacents. Rappelons que le budget alloué à ces 15 pactes est de 150 millions d’euros…

DE QUINZE À BIENTÔT DEUX MÉTROPOLES

Le 1er mars, le Premier ministre recevait à Matignon les quinze présidents et présidentes des métropoles actuelles, ainsi que les sept présidents des futures métropoles (Metz, Saint-Étienne, Clermont-Ferrand, Tours…), l’élargissement du statut ne faisant par ailleurs pas l’unanimité. Tous se sont félicités de la rapidité de la mise en place des pactes métropolitains — huit mois seulement après la signature du Pacte État-métropoles — et de leur rôle d’accélérateur. Les représentants des métropoles « ont souligné la nécessité d’inscrire dans la durée les démarches de coopérations engagées dans le cadre de ses pactes avec les territoires périurbains et ruraux. » Le Premier ministre, avec quelques semaines devant lui, a annoncé qu’il comptait créer un Observatoire des dynamiques métropolitaines et des coopérations interterritoriales sous l’égide de France urbaine et du CGET en rappelant que les métropoles « ont également une responsabilité particulière, aux côtés de l’État, pour entraîner dans leur développement les territoires de France ».

Quel regard porte Magali Talandier sur les pactes métropolitains ?
Pour elle, les pôles métropolitains sont des contextes intéressants pour réfléchir aux alliances de façon concrète et structurée et les pactes ont l’avantage d’être engageants. Mais elle prévient que l’effet d’entraînement est difficile à décréter.

« Il ne s’agit pas de mettre les territoires sous perfusion. Il faut penser une stratégie de développement complémentaire et trouver des secteurs qui ont de vraies raisons de s’installer sur un territoire. Par exemple, pour Grenoble, on pense à la transition énergétique, dont les réseaux de chaleur, qui pourrait être un facteur de croissance interterritoriale pour se réinventer après la crise du modèle technopolitain. »

LES TERRITOIRES RURAUX SE SENTENT IGNORÉS

Un spécialiste du développement rural qui souhaite témoigner sous couvert de l’anonymat se fait la voix des élus qu’il rencontre au quotidien :

« Ils ont le sentiment que l’action publique est fortement focalisée sur les métropoles et que l’on s’occupe moins d’eux », reconnaît-il. « Ils attendent toujours les effets d’entraînement qui ne crèvent pas les yeux. Oui, ils peuvent compter sur l’économie résidentielle qui dépend cependant de leur capacité à retenir les revenus et à ne pas devenir des villages dortoirs. On voit aussi de nombreux exemples de Fab Lab, d’espaces de coworking et de tiers lieux ruraux comme la cocotte numérique à Murat ou la Fruitière numérique à Lourmarin dans le Vaucluse. C’est encore un signal faible ».

Magali Talandier constate le même phénomène :

« Les nouvelles formes de consommation et de production comme l’économie collaborative et la relocalisation de la fabrication vont venir changer la relation ville-campagne », prédit-elle.

Le même spécialiste anonyme, fin connaisseur des collectivités locales cite la création en 2016 du Fonds de soutien à l’investissement local (Fsil) qui est doté de 1,2 milliard d’euros en 2017 et d’un certain nombre d’actions fléchées en direction de ces territoires, comme la revitalisation des centres-bourgs et les contrats de ruralité. On pourrait aussi mentionner la mise en place le mois dernier d’une plateforme numérique de la Caisse des dépôts, dédiée aux territoires.

« Ces élus demandent de la considération et qu’on les traite d’égal à égal. Ce n’est pas rien de le dire. Ils ont également besoin d’ingénierie pour monter les dossiers et capter les ressources. Il faut se mettre dans l’idée que l’exode rural est terminé, même s’il reste un paradoxe : les territoires ruraux se vident par la démographie, mais ils se remplissent par les flux migratoires, avec des besoins parfois contradictoires. »

 

Alors, comment les pactes d’innovation sont-ils perçus par les territoires ?

« Tout le monde va s’en saisir car c’est le sens de l’histoire. Mais les élus craignent un effet pot de terre contre pot de fer. Les contrats de réciprocité ont été une manière d’explorer le sujet. Avec le volet coopération des pactes, c’est devenu une obligation. Mais le fait que toutes les métropoles n’y seraient pas venues naturellement sans cette obligation en dit long. Il y a une demande des territoires, il ne faudrait pas la décevoir. »

 

ISABELLE BOUCQ

L’identité, c’est la guerre

J’ai écrit ce livre parce que l’obsession identitaire me navre et m’inquiète. Nous ne sommes plus « chez nous » ? Allons donc ! Quand l’identité se mêle au «choc des civilisations», à «l’état de guerre» et à «l’état d’exception », nos sociétés s’enlisent dans un climat de peur qui nous ramène, bien malgré nous, à l’expérience traumatique de l’été 1914.

Or je suis convaincu que, si la France et l’Europe souffrent, ce n’est pas d’un déficit d’identité, mais d’une carence criante d’égalité. À l’oublier, nous nous laissons gagner par le désir rassurant de la clôture, de la frontière et du mur. Nous oublions la solidarité et nous nous laissons submerger par le ressentiment. Nous nous défions de «l’autre» et nous érodons notre propre liberté. Il est temps, plus que temps de réagir.

L’identité, hélas, ne nourrit pas la recherche de soi mais la détestation d’autrui, non pas le désir de rencontre mais l’acceptation de la guerre. Si nous ne le voulons pas, l’égalité, la citoyenneté, la solidarité doivent redevenir nos passions. Mais elles méritent des actes, davantage encore que des mots.

Roger Martelli est historien de formation et codirecteur de la rédaction du mensuel Regards. Il s’intéresse à la rencontre des identités dans la mondialisation et a publié de nombreux ouvrages parmi lesquels La Bataille des mondes (Éd. François Bourin).

Les enfants du Chaos

Alain Bertho, anthropologue, est spécialiste des émeutes urbaines à l’échelle mondiale. Ses recherches s’articulent depuis vingt ans autour de la crise du politique et de l’État, et ont comme principale problématique la question de la banlieue et de l’émeute. Cette expérience lui permettent de porter un regard lucide sur les attentats qui ont marqué l’année 2015.

les_enfants_du_choasSon livre qui vient de paraître, Les Enfants du Chaos montre que « le chaos qui pointe est très loin d’avoir le djihad pour seul moteur : c’est d’abord l’ébranlement de la légitimité des États par la mondialisation, la crise généralisée de la représentation politique, la recherche d’une légitimité sécuritaire par les puissants qui ont fait le lit de la violence du monde. Et qui expliquent pourquoi, depuis les années 2000, se multiplient sur tous les continents des émeutes et des attentats aux motivations multiples ».

« Quand la fin du monde semble à nombre de jeunes plus crédible que la fin du capitalisme, la révolte tend à prendre les chemins du désespoir et du martyre. La clôture de l’hypothèse révolutionnaire a ainsi ouvert la voie à la rage des enfants perdus du chaos politique et humain de la mondialisation néolibérale. Toutes les polices et les armées du globe ne pèseront guère devant cette fascination de la mort. Seul peut y répondre l’espoir collectif en un autre possible, fondé sur une nouvelle radicalité tournée vers l’avenir. Ses prémisses sont là, partout dans le monde. L’enjeu est de les faire grandir. »

Autres sources :

« Il faut prendre conscience qu’une fracture s’est instaurée dans la jeunesse » : une interview au journal l’Humanité, le 23 novembre 2015.

« Une islamisation de la révolte radicale ? » reprise d’un long entretien pour le journal Regards (avril 2015).

Alain Bertho tient un blog sur Mediapart et un site, Anthologie du temps présent.

Le retour des tours dans les villes européennes

Véronique BIAU, Directrice du Centre de Recherche sur l’Habitat (UMR Lavue, CNRS 7218), École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Val de Seine, nous alerte :

 À l’occasion de la publication du dossier « Le retour des tours dans les villes européennes », la revue Métropolitiques, en partenariat avec le CRH-LAVUE et l’ENSA Paris-Val de Seine, organise une table ronde :

le 28 janvier 2016,
de 18h à 20h,
en salle 101 (1er étage) de l’ENSA Paris-Val de Seine
3-15 Quai Panhard et Levassor
75013 Paris.

Profitons-en pour indiquer le site de la revue Métropolitiques

Métropolitiques  est une revue électronique créée pour favoriser les débats et confronter les savoirs et les savoir-faire sur la ville, l’architecture et les territoires.