Peut-on fonder des politiques locales sur le concept de dignité ?

Peut-il exister des des politiques publiques locales fondées sur le concept de dignité ?

La méthode est originale : il s’agit d’engager un programme de travail du laboratoire d’idées à partir d’une note d’interpellation adressée à des chercheurs et à des professionnels rédigée par un élu Patrice Leclerc, et reposant notamment sur son expérience de maire de Gennevilliers.

Il existe une énorme désagrégation sociale (d’aucuns parlent de « fragmentation ») qui ne recoupe qu’en partie des réalités de classes. Les familles populaires ont disparu de l’espace médiatique, sauf pour être critiquées ou humiliées. Cela se traduit par un affaiblissement d’un sentiment d’appartenance et des solidarités de classes, voire des divisions au sein du peuple. On ne fait plus ensemble. Ceci se double d’un éloignement croissant d’avec la classe politique et les systèmes de représentation réputés démocratiques. Il existe un rapport direct perçu entre dignité et citoyenneté. On ne peut que s’interroger à partir de là sur notre capacité à produire du commun.

Cette désagrégation est aussi liée certes à une misère matérielle croissante pour certains, et aussi aux évolutions du travail (mépris affiché et injustifié des sous-qualifications, double peine du précariat) et des modes de management qui détruisent et humilient. Elle s’accompagne d’une inadéquation des modes de travail militants, tant dans les entreprises que dans les territoires. Mais aussi une désagrégation des forces politiques qui ne semblent plus capables de faire du commun. On retrouve sur de nombreux territoires les mêmes constats de droits bafoués, d’humiliations au regard de situations concrètes comme l’habitat, la scolarité, l’accès aux droits, l’accès aux services publics…

À la combattivité s’est substitué le ressentiment, le fait de « ne pas être bien ». C’est bien la conception de l’individu qui est en cause ; sur l’identité, les gens se posent en communautés opposées aux autres. Il y a « eux » et « nous », nous en opposition à eux. Il faut nous protéger d’eux. D’où les murs… Peut-on construire du nous qui ne soit pas contre eux ? Construire du commun, du singulier qui soit aussi universel, construire des appartenances. Dans dignité, il y a fierté mais aussi égalité, citoyenneté, solidarité.

Pour répondre à une telle interpellation, on mènera en parallèle trois types de travaux :

A – Un approfondissement du champ théorique, tant pour ce qui concerne la « dignité » que pour les concepts auxquels cette notion renvoie.

B – Une observation de situations vécues, pour ce qui touche à la dignité dans le champ de politiques publiques : en particulier pour l’habitat, l’accès aux services et à l’espace public, la citoyenneté et l’accès aux droits. Cette observation se fera à partir de travaux existants. On y ajoutera les résultats d’une étude commandée par la Ville de Gennevilliers sur la jeunesse

C – Un inventaire de pratiques territoriales innovantes susceptibles de porter sur la dignité des personnes émanant soit de territoires, soit d’institutions (du type ACSE), soit d’associations citoyennes.

La suite des travaux sera définie lorsque ces résultats seront disponibles. Il est envisagé de tenter des expérimentations avec des villes volontaires, sur la base des premières conclusions. À noter que certains résultats intermédiaires pourraient faire l’objet de séances de formation-réflexion avec des groupes d’élus.

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