Questions pour une équipe municipale qui veut « contribuer à changer le monde » – Lettre d’introduction


Texte inédit pour la ville en commun

Le présent article est une copie de la lettre d’introduction au débat Questions pour une équipe municipale qui veut « contribuer à changer le monde » adressée à plusieurs de ses collègues et communiqué aux participants. Patrice Leclerc, maire de Gennevilliers, y faisait état du questionnement d’un maire d’une ville populaire, et désireux de « changer le monde », à propos des politiques publiques à mettre en œuvre au niveau local dans un contexte contraint, et des pratiques municipales nouvelles à inventer en direction de populations qui semblent s’éloigner de tout désir de citoyenneté. Il a souhaité que des échanges entre élus, chercheurs, praticiens et associations comme telle est la vocation de la Ville en Commun contribuent à apporter des réponses utiles. Le débat a eu lieu lors de notre Assemblée générale du 28 Septembre 2017. Une restitution des débats fera l’objet d’un autre article. 

☰ Par Patrice Leclerc



Gennevilliers, le 20 aout 2017

Cher-e camarade, cher-e collègue,
En juin 2014, j’écrivais à plusieurs d’entre vous pour vous proposer la création d’un « think thank », associant élu-es, expert-es, technicien-nes, pour travailler sur ce que j’appelais « réinventer une gestion municipale communiste ». L’idée était de « travailler et réfléchir, entre élu-es, intellectuel-les, professionnel-les engagé-es, en dehors de tout enjeu de pouvoir, de regroupement de sensibilité, mais clairement positionné dans le camp de la transformation sociale. »
Nous voulions créer un outil où chacune et chacun pourraient puiser des idées, des expériences, profiter de confrontations de points de vue sur des contenus. Un outil pour toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans le camp de l’alternative politique aux idées dominantes actuelles mais à « l’abri d’enjeux politiques autres que ceux d’échanges d’expérience et élaboration de contenus ».
Cette proposition a pris forme, a été améliorée par une réflexion plus ouverte, plus collective et par l’investissement d’ami-es pugnaces, aboutissant à la création du laboratoire « la Ville en commun ».
Depuis, avec de faibles moyens, nous avons exploré plusieurs chantiers :
  • production de notes sur les résultats électoraux, sur l’évolution politique et sociodémographique des villes PC et FDG ;
  • organisation de réunions de réflexions pour approfondir des problématiques qui nous semblent majeures :
    • la place des classes populaires aujourd’hui «invisibilité, humiliation/dignité des couches populaires»,
    • la financiarisation de la production urbaine ;
  • tenue d’un colloque sur les politiques de logements, avec les effets métropolitains ;
  • des ateliers autour du pouvoir et des politiques publiques locales ? Quel partage du/des pouvoirs ? Comment produire la ville autrement… Et nous préparons un colloque international autour « du droit à la ville » d’Henri Lefebvre les 14 et 15 mars prochain.

Je m’adresse donc à toi car sur ce fond modeste mais positif de notre activité. Je repère aujourd’hui deux limites pour que notre laboratoire soit utile et tienne cette originalité dans sa vocation d’être un lieu de croisement de réflexions et de pratiques entre élus/professionnels/chercheurs.

Ces deux limites sont :

  • une faible participation des élu-es par rapport aux universitaires et professionnels ;
  • de trop faibles moyens pour l’association

Nous essayons de tisser des partenariats pour améliorer notre capacité à financer des actions/recherches pour nos activités. Nous aurons à en discuter lors de notre AG. J’en profite pour t’inviter à y participer.

Celle-ci se tiendra

Mercredi 28 septembre de 18h30 à 21h30 à l’Assemblée nationale

salon Mars III, 101 rue de l’Université, 75007 Paris.

 

Pour cette AG, nous avons retenu le thème du « néo municipalisme : villes rebelles et villes en transition ». Un dossier sera envoyé quelques jours avant pour préparer la discussion. Au cœur de celle-ci l’ouverture vers le monde du travail et le mouvement social.

Comme je souhaite aussi que cette réunion, comme toute notre activité, soit le moment de l’expression des attentes des élu-es envers le laboratoire « la Ville en commun », nous pourrions intégrer dans ce dossier les premières réactions et propositions.

J’ai donc besoin de ton aide pour que notre activité, nos recherches partent davantage des questionnements, difficultés, aspirations des élu-es que nous sommes, dans notre diversité, mais désireux d’avancer et contribuer à la transformation sociale là où nous agissons. Cette année, sans élection, devrait nous permettre de prendre un peu plus de temps pour cela.

 

Pour ma part, voici les questionnements, les idées et pratiques que j’aimerais confronter avec d’autres élu-es, d’autres professionnel-les en lien avec l’état de la recherche sur le sujet.

Pour une équipe municipale qui veut contribuer à changer le monde : 

  • La mixité sociale doit-elle, peut-elle être l’objectif et le moyen d’améliorer la vie des gens ?
  • Faut-il diluer les couches populaires ou concentrer les moyens pour des politiques spécifiques en leur direction. Un enfant de milieu populaire réussira-t-il mieux dans une école de Neuilly ou de Gennevilliers ?
  • Y-a-t il un risque politique à faire participer la population aux décisions municipales avec les idées dominantes de la pensée libérale ? 
  • Comment aborder le problème : nous mettons en œuvre des politiques pour des populations qui ne votent plus ou pas pour nous et celles et ceux qui participent demandent à avoir « moins de pauvres autour d’eux » ? 
  • Y-a-t-il une différence entre un éco quartier à Gennevilliers, Vitry, les Lilas ou Rueil Malmaison ?
  • Comment faire pour que les métropoles, les grandes villes ne développent plus de dynamique d’exclusion des couches populaires ?

 

Sur la commune

  • Celle-ci reste-t-elle la forme concrète aboutie qui permet une souveraineté populaire de proximité, un lieu de liberté et d’épanouissement des citoyen-nes ? Rapport Commune/interco ou territoire ?
  • Quelle place et quel avenir pour les villes moyennes, les plus petites villes dans une France de métropoles?

J’ai besoin de confronter mes présupposés et mes pratiques de gestion sur ces questions à d’autres pratiques, à l’état de l’Art et des recherches.

Tu as certainement d’autres sujets, questionnements, pratiques à soumettre à notre travail collectif sachant que notre but n’est pas de dégager une vérité, une ligne, une orientation, mais des réflexions à utiliser ou pas dans notre localité, association ou organisation d’élu-es, etc..

N’hésite donc pas à nous faire parvenir ton avis, tes suggestions avant l’AG par l’intermédiaire de cette adresse : lavilleencommun@gmail.com.

Amicalement,

 

Patrice Leclerc

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