Rapport sur l’innovation et l’expérimentation pour la transition écologique

Introduction du Rapport relatif à l’innovation et à l’expérimentation pour la transition écologique

Par Lucile Schmid – Juillet 2017

L’innovation fait partie de l’expérience humaine. Déjà Léonard de Vinci imaginait des engins volants, défiant les lois de la pesanteur, les différentes révolutions industrielles se sont fondées sur des progrès techniques qui ont transformé les manières de penser et d’agir, les découvertes scientifiques s’alimentent du désir de repousser les frontières de la connaissance. Le lien entre innovation et expérimentation paraît quant à lui aller de soi, si on prend l’exemple des sciences où l’expérimentation est une méthode centrale pour tester et vérifier des hypothèses ; elle s’inscrit alors dans une procédure, un calendrier, des étapes, des bifurcations, et permet d’inscrire l’innovation dans le réel.

Le contexte de l’innovation est aujourd’hui modifié par plusieurs éléments. D’abord l’arrivée  des nouvelles technologies qui bouleverse les relations au temps et à la matérialité des choses, et efface les frontières spatiales. Ensuite de nouvelles dynamiques sociales et une plus grande fluidité des fonctions et des rôles qui ont des conséquences importantes sur les manières d’innover et sur les « innovateurs » eux-mêmes. Enfin la découverte des limites du modèle de développement actuel – chaque année l’humanité consomme plus d’une fois et demi les ressources de la planète- qui conduit à modifier les regards sur le progrès technique, et à réintégrer la préoccupation de la nature dans le futur des sociétés.

Qualifier l’innovation écologique n’est pas simple. Des secteurs économiques qui représentent des domaines d’excellence de l’économie française sont moteurs pour l’innovation dans la transition écologique : infrastructures, transports, services environnementaux, efficacité énergétique,  énergies renouvelables,  économie circulaire , urbanisme et architecture avec l’émergence d’une nouvelle manière de construire et de concevoir la ville.  Mais l’invention de nouveaux procédés ne suffit pas. Elle doit aller de pair avec la recherche d’un nouveau modèle de développement économique et social, compatible avec la finitude des ressources. La solution est de donner une place plus importante à l’innovation sociale, aux innovations d’organisation, aux savoir-faire des sociétés. Mais alors surgit le problème des effets d’échelle : une accumulation de « petits projets » peut-elle créer une dynamique ? Quels peuvent être leurs effets d’entraînement sur l’ensemble du modèle ? Pour avoir un sens, l’innovation écologique  doit aussi, au-delà de la logique de chaque projet, être envisagée par rapport de la transformation générale du système.

L’innovation doit aussi être prise en compte dans les usages, pour retrouver des façons d’agir qui ont des effets dynamiques, tout en réhabilitant une économie de moyens. C’est une manière de réintégrer dans les préoccupations sociales et l’imaginaire, la complexité de la nature, source d’innovation, comme de conservation de ce qui existe. Les innovations sociales autour des préoccupations écologiques permettent aussi de retrouver une profondeur et une histoire autour du quotidien et de gestes concrets,  de mettre une limite au vertige de la virtualité, de se stabiliser. Nous découvrons que ce qui avait été oublié peut être innovant, et tracer les lignes d’un futur durable. L’écologie nécessite donc de revisiter la conception classique de l’innovation autour de la technique. Pour autant elle ne disqualifie pas celle-ci ; l’association entre innovation numérique et innovation verte est ainsi de plus en plus répandue, notamment dans l’organisation de la « ville durable ».

Si le principe d’égalité de traitement reste la clé de voûte des politiques publiques, ce nouveau contexte implique une réflexion sur l’action publique, ses priorités et ses modalités opérationnelles. Il est essentiel de prendre en compte une situation de « réveil de la société civile » au sens large, pour donner prise sur les choses aux acteurs publics et encourager des dynamiques permettant de surmonter certains blocages. L’État  peut être moteur pour donner visibilité et reconnaissance aux innovateurs, accompagner les dynamiques territoriales, et organiser les conditions d’un passage à l’échelle réussi. Il peut tracer une perspective d’ensemble et de travail commun entre des mondes encore trop séparés et augmenter l’ampleur de ce mouvement. Dans ce contexte, le Secrétaire d’État auprès du Premier Ministre Manuel Valls, en charge de la Réforme de l’État et à la simplification administrative, m’avait demandé de réfléchir au développement des innovations en matière de transition écologique, à leur expérimentation, et aux mesures de simplification et d’encouragement qui pourraient être définies en ce domaine, dans la ligne du dispositif France expérimentation mis en place en juin 2016.

Ce sujet conserve toute son importance dans la configuration ministérielle actuelle. Le programme présidentiel d’Emmanuel Macron affirmait clairement que « l’énergie citoyenne, l’expérimentation, l’innovation, les initiatives émanant du terrain participent à la modernisation de notre pays. » Il consacrait en outre un volet substantiel à l’Économie sociale et solidaire (ESS) en souhaitant donner « aux entreprises de l’ESS les moyens de consolider leurs modèles, d’accélérer leur développement, de faciliter les coopérations, y compris avec les entreprises « classiques » et de renforcer leur capacité d’innovation. Il comportait en ce sens des propositions autour de quatre axes : libérer l’énergie des entreprises de l’ESS, encourager l’innovation sociale, soutenir le modèle associatif et encourager la finance solidaire. Les attributions du ministre d’État Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire lient quant à elles, explicitement préoccupations sociales et environnementales.

Cette note, s’intéresse dans un premier temps à ce que recouvre l’expression d’ « innovation écologique » en insistant sur ses liens avec l’innovation sociale, en s’attachant à la pluralité des exemples et à la place de l’expérimentation. Elle rappelle ensuite le foisonnement des dispositifs de soutien pour rappeler les principales interrogations qui demeurent. Enfin elle propose les principes d’une démarche qui encouragerait l’innovation écologique en France.

Suite du rapport :

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